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Ceux qui ont véhiculé l’idée de l’alternance en France

« Voies professionnelle et technologique : sortons de l’indifférence », une chronique d’Emmanuel Davidenkoff

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Chronique publié le 07.02.2014 sur le site http://www.letudiant.fr/educpros et sur l’Echo républicain

« Des milliers de places risquent cette année encore de demeurer vacantes dans des filières qui mènent à l’emploi. Il est urgent de leur donner plus de visibilité.

Ici, c’est un BTS Génie électrique dont les capacités d’accueil excèdent la demande, alors même que les emplois existent pour cause de départs à la retraite massifs dans le secteur. Là, c’est un DUT Mesures physiques qui fait difficilement le plein alors que les carnets de commandes des employeurs potentiels sont pleins et que le personnel qualifié manque. Ailleurs encore, ce sera une filière dédiée à une branche de la maintenance industrielle qui peine à recruter alors qu’une usine voisine, elle, peine à trouver des candidats.
Partout en France, des responsables de formation tiennent le même discours : des milliers de places, peut-être des dizaines de milliers, sont accessibles dans des filières postbac qui mènent à l’emploi. Ils se démènent, de salons en journées portes ouvertes, pour expliquer, raconter, séduire. Avec, parfois, un brin de déception à l’endroit des entreprises, consommatrices finales de ces diplômés trop rares, encore insuffisamment présentes quand il s’agit de convaincre une partie du vivier des futurs bacheliers que les métiers industriels ont changé, que le travail à l’usine n’est plus ce qu’il était il y a vingt ans, que la production de biens physiques demeure un ressort stratégique de la croissance, qui ne tient pas, loin s’en faut, aux seuls secteurs des services ou du numérique dématérialisé.
Il n’existe pas de levier simple et unique pour réduire cette cruelle inadéquation. Le système scolaire a évidemment sa part de responsabilité, qui ne valorise pas suffisamment les filières technologiques industrielles, qui se défie de l’intelligence manuelle, qui tient l’abstrait au-dessus du concret. Les entreprises aussi, qui pourraient, qui devraient, se mobiliser massivement. Les familles également, qui ne font pas toujours l’effort d’actualiser l’image qu’elles se font du secteur industriel. Les médias nationaux encore, qui traitent plus facilement d’un plan social que de dix créations d’entreprises, d’une délocalisation que d’un dépôt de brevet ou d’une ouverture d’usine.

Défi collectif, qui nous engage tous, et qui est d’autant plus complexe à relever qu’il porte sur une population dont on parle peu, celle qui n’est prise ni dans l’ultra compétitivité des élites, ni dans les affres de la grande pauvreté, celle qui ne fréquente ni les classes préparatoires aux grandes écoles, ni les zones d’éducation prioritaire, une population qui, faute de s’employer à faire ou à défaire l’ordre établi, n’a que rarement voix au chapitre.

Tolstoï et Balzac, en des termes voisins, avaient relevé en leur temps que « les gens normaux n’ont pas d’histoire ». Cela dit sans nier un instant leur dignité, mais pour souligner qu’un bon récit a besoin de ruptures, d’exceptions, d’écart à la norme (variante bien connue des journalistes : un homme mordu par un chien, cela mérite cinq lignes, mais un chien mordu par un homme, cela fera la Une).
Il est urgent aujourd’hui d’inventer un « storytelling » qui permette de magnifier cette vie « normale », qui invite les médias de référence à ne pas seulement s’intéresser au métier de plombier quand il est pratiqué par un diplômé de Sciences po Paris, ou aux compagnons du devoir quand ils sont rejoints par un polytechnicien. Il en va de l’épanouissement de milliers de jeunes, mais aussi de la réussite de ce « redressement productif » après lequel courent notre économie et notre pays.

Les institutions

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Une institution a marqué l’histoire de l’alternance en France : Les Maisons familiales rurales. Les Maisons familiales rurales, malgré leur taille modeste, ont publié une littérature abondante sur le sujet et ont une action efficace de lobbying pour faire entendre et valoir leurs points de vue. Leur Centre national pédagogique (CNP) près d’Orléans, dans le Loiret, avec ses travaux, sa bibliothèque, son partenariat avec l’Université, sa collection Mésonance puis Alternance et Développement, en collaboration avec L’Harmattan, a répandu largement le concept.

Parmi les autres organisations qui ont joué également un rôle, nous pourrions citer les Compagnons, l’Université de Tours et son laboratoire des sciences de l’éducation qui, entre 1980 et 2000, plus que toutes autres universités, va initier de nombreux travaux d’étudiants sur l’alternance, l’École des Hautes Études et le Collège coopératif, le Comité central de coordination de l’apprentissage dans le bâtiment et les travaux publics et les Chambres de Métiers. Il nous faut aussi signaler une revue, Éducation permanente, créée en 1969 par Bertrand Schwartz à Nancy, qui se consacre à la recherche dans le champ de la formation des adultes mais qui sensibilisera largement le public à la cause de l’alternance. Le Conservatoire des arts et métiers et certains de ses éminents professeurs joueront également un rôle ainsi que le CEDEFOP, Centre européen pour le développement de la formation professionnelle, agence de l’Union européenne, et le CEREQ, Centre d’études et de recherches sur les qualifications, établissement public d’expertise au service des acteurs de la formation et de l’emploi qui dépend de trois ministères, celui de l’éducation nationale, celui de l’économie et celui de l’emploi.

Les porte-parole : les institutions, Patrick GUES, 2009

Les iconoclastes

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Nous entendons par le mot iconoclaste, des personnes que l’on ne s’entendrait pas à trouver là, de part leurs fonctions ou leurs origines. Comme dans les énumérations à la Prévert, il y a de tout dans cette liste, sauf des ratons-laveurs. Nous y avons porté un grand journaliste de l’éducation, Bertrand Girod de l’Ain, qui fit l’éloge de l’alternance. Le fait mérite d’être signalé car peu de journalistes de la presse nationale quotidienne et des grands magazines s’intéressent à la formation alternée. De formation universitaire et littéraire, en général ils connaissent peu les formations professionnelles et techniques et ignorent le monde de l’entreprise. Nous pouvons aussi retenir Henri Desroches, sociologue, philosophe et théologien français, professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, créateur du Collège coopératif, il a toujours porté un intérêt curieux à l’alternance ; ou René Rémond, qui dirigea un rapport de la Commission du Plan Education-formation-recherche, une formation pour tous, en 1989 ; ou encore Jacques Lesourne, né le 26 décembre 1928 à La Rochelle, économiste, polytechnicien et ingénieur du corps des Mines, chef du service économique aux Charbonnages de France, directeur général et président du groupe SEMA, directeur du projet Interfuturs à l’OCDE, président du département Économie et gestion au Conservatoire national des arts et métiers, directeur-gérant du journal Le Monde, mandaté par René Monory, ministre de l’Éducation nationale de 1986 à 1988, pour présider une commission sur le thème Education et société demain. A la recherche des vraies questions ; ou bien Jean-Louis Lemoigne, constructiviste acharné.

Bertrand Girod de l’Ain a débuté sa carrière à Berlin, en 1946, au Conseil quadripartite puis, en 1950, à la délégation française auprès de l’Autorité internationale de la Ruhr. Il devient journaliste spécialiste de l’éducation, de l’université et de la jeunesse au journal Le Monde de 1957 jusqu’en 1970. Ces articles et ses avis sont très écoutés et lus par le grand public et les décideurs du moment. En 1970, il devient professeur de sciences de l’éducation à l’université Paris IX. Il a été également directeur du Centre de recherche sur les systèmes universitaires et Vice-président du BILD, mouvement franco-allemand. Il est responsable entre 1993 et 1995 de la cellule de prospective sur l’enseignement supérieur du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Il a publié de nombreux articles dans la revue Esprit.

Henri Desroches (1914-1994), sociologue, philosophe et théologien français, proche du groupe Économie et humanisme au début de sa carrière, qui a été un des premiers à utiliser les histoires de vie pour construire des projets de formation. Professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, créateur du Collège coopératif, il a toujours porté un intérêt curieux à l’alternance.

Les porte-parole de l’alternance : les iconoclastes, Patrick GUES, 2009

Les politiques

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Sans remonter à Placide Astier (1856-1918) qui, durant toute sa carrière politique milita pour créer et organiser l’enseignement technique, des élus et des membres de gouvernement ont pris des risques pour favoriser la formation alternée. Je citerai Égard Pisani qui en tant que ministre de l’Agriculture du général de Gaulle va reconnaître le rythme approprié des Maisons familiales dans la loi du 2 août 1960 sur l’enseignement agricole ; Jean Royer, défenseur acharné de l’alternance et qui s’exprime ainsi lors de la séance du 19 juin 1979 à l’Assemblée nationale : je terminerai en soulignant qu’il faut revoir complètement l’enseignement dans le cadre de l’Éducation nationale. C’est un ancien instituteur, un ancien P.E.G.C. qui vous parle, avec sincérité. Depuis des années, je demande la mise en œuvre dans le cadre de l’Éducation nationale et en complément du dispositif que vous êtes disposé à nous proposer sous forme d’un projet de loi, du principe de l’alternance entre l’enseignement théorique et l’enseignement pratique, et cela dès le premier cycle du second degré ; Jacques Legendre, secrétaire d’État en charge de la formation professionnelle, qui fait voter la loi n° 80-526 du 12 juillet 1980 relative aux formations professionnelles alternées organisées en concertation avec les milieux professionnels ; Christian Beullac qui présente un projet de loi ambitieux qui entend généraliser l’alternance à l’ensemble des élèves de plus de quatorze ans, fruit d’une négociation entre l’État, le CNPF (devenu depuis le MEDEF) et la Fédération de l’éducation nationale (FEN) afin que l’entreprise prenne toute sa place dans l’éducation des jeunes et particulièrement dans la formation des lycées professionnel ; Philippe Seguin et l’apprentissage en 1987 ; Édouard Balladur ; Michel Giraud et la loi qui porte son nom sur l’emploi ; Michel Rocard et à nouveau la reconnaissance des Maisons familiales en 1987 ; Édith Cresson ; Pierre Bérégovoy ; Renaud Dutreuil ; Alain Juppé ; Jean-Louis Borloo ; Laurent Hénart, jeune secrétaire d’État qui se passionne pour l’apprentissage ; puis récemment Martin Hirtch, commissaire à la Jeunesse ou encore dernièrement, Nicolas Sarkozy, Président de la République, qui présente un plan pour l’emploi des jeunes lors d’un déplacement à Jouy-le-Moutier, dans le Val d’Oise, où il fait l’éloge de l’alternance.

Philippe Seguin : né le 21 avril 1943 à Tunis, licencié ès lettres, diplômé d’études supérieures d’histoire et de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, ancien élève de l’École nationale d’administration, il est élu député en 1978 puis maire d’Épinal de 1983 à 1997. Il est nommé ministre des Affaires sociales et de l’Emploi du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. C’est à ce poste qu’il va impulser une loi qui porte son nom et qui bouleverse la physionomie de l’apprentissage et le sort de son statut inférieur. Président de l’Assemblée nationale du 2 avril 1993 jusqu’à la dissolution du 21 avril 1997, il est réélu en 1997, devient président du RPR de 1997 à 1999. Après avoir réintégré la Cour des comptes en septembre 2002, il est nommé chef de la délégation française au conseil d’administration du Bureau international du travail et, en juin 2004, il en devient le président. En juillet 2004, il est nommé premier président de la Cour des comptes.

Édith Cresson, née le 27 janvier 1934 à Boulogne-Billancourt, est la première femme à se voir confier le ministère de l’Agriculture dans le gouvernement Mauroy en 1981 puis celui du Commerce extérieur et du Tourisme (1983-1984), et encore celui du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur (1984-1986) où elle acquiert une connaissance approfondie du monde de l’entreprise. Elle préside également France exporte plus entre 1987 et 1991, club visant à favoriser l’implantation des petites et moyennes entreprises françaises à l’étranger.

En 1988, Michel Rocard lui propose le poste de ministre des Affaires européennes où elle a la charge d’organiser la présidence française de la Communauté économique européenne de 1989 et la mise en chantier du Marché unique, prévu pour 1993. Elle démissionne du gouvernement en octobre 1990 et prend alors la direction d’une filiale du groupe Schneider.

Le 15 mai 1991, à la surprise générale, elle devient la première femme Premier ministre en France. Elle annonce vouloir mettre en avant la formation par alternance sur le modèle allemand mais se heurte à l’hostilité de son ministre de l’Éducation, Lionel Jospin, nommé en juin 1988 Ministre d’État, de l’Éducation nationale, de la Recherche et des Sports. Celui-ci refuse en effet de remettre en cause la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans et se montre réticent au sujet de l’apprentissage.

Elle fut conseillère générale et député de la Vienne, maire de Châtellerault en 1983, 1989 et 1995. François Mitterrand la nomme à la Commission européenne en janvier 1995, où elle est chargée de la Science, de la Recherche et du Développement où elle s’occupe principalement des questions d’éducation et de formation. En 2001, elle prend la présidence de la Fondation pour les écoles de la 2e chance.

Les porte-parole de l’alternance : les politiques, Patrick GUES, 2009

Les praticiens

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Il n’est pas facile d’identifier les milliers de responsables professionnels élus, les directeurs ou les formateurs qui se sont investis dans le domaine de la formation alternée. Pourtant, leur rôle fut souvent fondamental pour sa mise en œuvre. Nous pensons à Florent Nové-Josserand (agriculteur, président de l’Union nationale des Maisons familiales de 1945 à 1968 qui a défendu auprès des organisations professionnelles agricoles les vertus de l’alternance) ; à Marie-Thérèse Geffroy, directrice de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, présidente du Comité français pour les Olympiades des Métiers, qui a été membre du Haut Conseil de l’évaluation de l’école (HCEE), de la Commission Nationale du débat sur l’avenir de l’Ecole et qui a présidé également le Comité de coordination des programmes régionaux d’apprentissage et de formation professionnelle continue. André Geay, cité dans le texte « l’école de Tours », et ancien directeur de CFA aurait aussi sa place dans cette partie mais c’est le monde de l’artisanat qui domine ici.

Bernard Pasquier, formateur et enseignant, est, de 1965 à 1970, directeur d’un cabinet-conseil en formation, l’Institut Promotion Animation. De 1971 à 1979, il dirige le département de la formation permanente au CNIPE puis devient directeur technique du Centre INFFO, lorsque celui-ci prend le relais du CNIPE. Après une expérience internationale au CEDEFOP et au Bureau international du travail (BIT), il devient en 1983 secrétaire général du Comité central de coordination de l’apprentissage dans le bâtiment et les travaux publics (CCA-BTP). Il restera à ce poste jusqu’en 1998. C’est durant cette période qu’il va agir très efficacement, avec d’autres partenaires, pour préparer les lois sur l’apprentissage de 1987. Convaincu de l’intérêt de l’alternance, il n’a eu de cesse de promouvoir ce système éducatif et le rôle de l’entreprise en la matière.

Il publie Voyages dans l’apprentissage, Chroniques 1965-2002, où il explique parfaitement les évolutions de la formation permanente et de l’apprentissage durant ces dernières années.

Pascal Pellan, après des études de droit et un premier poste à la préfecture des Côtes-d’Armor, il intègre la Chambre des métiers de ce département puis en devient le secrétaire général et assure les fonctions de directeur du CFA des Côtes d’Armor. Il se passionne pour le secteur de l’artisanat – cet autre visage de l’économie, plus humain comme il dit -. Il crée une Cité de l’automobile composée d’un institut pour former les garagistes de demain et le Véhipôle, véritable vitrine du futur sur les voitures. Il publie L’école de tous les talents, un livre qui vante les mérites de l’apprentissage. Sous son action le traditionnel CFA se transforme en Université des métiers et de l’artisanat. Il n’a de cesse de redorer les métiers de l’artisanat qui ont longtemps souffert d’une image peu reluisante et porte un regard très critique sur le système éducatif français, qui n’a, selon lui, d’yeux que pour l’élite intellectuelle, oubliant sur le bord de la route tous ceux qui ont une autre façon d’être intelligents. Il estime que ces jeunes qui n’ont pas au départ la même capacité de conceptualiser et de théoriser ont d’autres atouts à faire valoir.

Les porte-parole de l’alternance : les praticiens, Patrick GUES, 2009

Les grands commis de l’Etat

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Quelques hauts fonctionnaires particulièrement brillants vont se faire les avocats des formations alternées. Le premier sans nul doute est Bertrand Schwartz qui va plaider ouvertement et courageusement pour développer l’alternance en France. Nous pouvons ensuite citer Roger Fauroux qui connaît le monde de l’industrie et qui assurera des fonctions politiques. Puis viennent les responsables successifs des commissions des titres ou de certification professionnelles, qui, à des degrés divers, auront tous des discours favorables à l’alternance en particulier Bernard Decomps, directeur de la Recherche au ministère de l’Éducation nationale, de l’École normale supérieure de l’enseignement technique de Cachan, initiateur des contrats pluriannuels de la recherche universitaire, à l’origine des Nouvelles filières d’ingénieurs (NFI) par apprentissage ou en formation continue. À ce titre, il a influencé la mise en œuvre de l’alternance dans l’enseignement supérieur, en relation avec le Conservatoire des arts et métiers. Il a présidé la Commission nationale des certifications professionnelles, après avoir accompagné la mise en œuvre de la validation des acquis de l’expérience, jusqu’en 2005. En 2001, il est également chargé d’une mission par le ministre de l’Education nationale et publie un rapport intitulé : une nouvelle ambition pour la voie technologique au lycée.

Jean-Pierre Jallade, ancien directeur de l’Institut européen d’éducation et de politique sociale, consultant de l’UNESCO, a souvent parlé d’alternance et plus récemment, dans le monde de l’éducation, Philippe Meirieu publiera quelques articles sur le sujet – il connaît bien l’apprentissage et les Maisons familiales – mais on sent bien que l’alternance n’est pas sa tasse de thé. Meirieu se centre sur l’élève et pour lui point de salut hors de la salle de classe… Michelle Mauduit-Corbon

Le CEREQ de part ses fonctions a eu aussi toute une génération de chercheurs qui ont réalisé des études statistiques sur l’alternance : Marie-Christine Combes, Jean-Jacques Arrighi… Et nous pourrions aussi citer Christian Forestier, Directeur de Cabinet du ministre de l’Education nationale, directeur des collèges et lycées puis de l’enseignement supérieur au ministère de l’Education nationale, recteur.

Bertrand Schwartz, avec le dernier chapitre Un projet pour après-demain : l’alternance dans son ouvrage Une autre école publié en 1977 et préfacé par Pierre Mauroy, lance un pavé dans le marigot et bouleverse les idées reçues en matière d’éducation. Ses propositions contribuent à la mutation idéologique de la Gauche et du Parti socialiste en particulier, annonçant la conversation à l’alternance (pédagogique) du pouvoir des années 1990.

Bertrand Schwartz est né le 26 février 1919 à Paris. Il est ancien élève de Polytechnique et ingénieurs au corps des Mines. Il a dirigé pendant dix ans l’École des Mines de Nancy puis le Centre universitaire de coopération économique et l’Institut national pour la formation des adultes de Nancy. Il fut professeur à l’Université Paris IX, délégué interministériel à l’Insertion professionnelle et sociale des jeunes en difficulté, membre du Conseil économique et social

Roger Fauroux, né le 21 novembre 1926, après avoir fait l’École nationale d’administration et l’Inspection des finances, devient président-directeur général du Groupe Saint-Gobain (1961-1986). Nommé directeur de l’ÉNA (1986-1988), il quitte ce poste pour devenir ministre de l’Industrie, du Commerce Extérieur et de l’Aménagement du Territoire (1988-1991) dans le gouvernement de Michel Rocard. Il est également maire de Saint-Girons, dans l’Ariège de 1989 à 1995. Il consacre ensuite son temps à ses mandats d’administrateur de société, à la rédaction de différents rapports commandés par les autorités politiques et à conseiller Edith Cresson. En 1995, François Bayrou, ministre de l’Éducation nationale, lui demande de présider une commission pour envisager les réformes nécessaires à un meilleur fonctionnement du système éducatif français. Ce travail sera à l’origine de l’ouvrage Pour l’École (juin 1996) qui prend fortement position pour développer l’alternance et l’apprentissage. Il publiera aussi un autre rapport de mission La lutte contre les discriminations ethniques dans le domaine de l’emploi en septembre 2005.

Les porte-parole de l’alternance : les grands commis de l’Etat, Patrick GUES, 2009

L’école de Tours et les universitaires

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À partir des années 1980, l’Université de Tours avec l’arrivée de Georges Lerbet va se passionner pour l’alternance. Cet intérêt n’est pas le fruit du hasard. Ce sont les Maisons familiales rurales qui la sollicitent pour monter un dispositif permettant à ses formateurs d’acquérir un diplôme universitaire de niveau II en s’appuyant sur leurs expériences de terrain. Cette collaboration va être à l’origine de nombreuses publications à partir des recherches effectuées dans ce cadre, tant par les étudiants que leurs professeurs. Georges Lerbet créera, avec certains pionniers de ces formations promotionnelles, le Groupe d’étude et de recherche sur les faits éducatifs (GREFED) qui sera un véritable laboratoire d’idées et d’échanges de pratiques sur l’alternance.

On retrouve parmi eux, Gaston Pineau, né en 1939, enseignant-chercheur en science de l’éducation et en science sociale, André Geay, ancien directeur du Centre de formation d’apprentis de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Poitiers, ancien professeur associé au département des sciences de l’éducation, responsable de l’unité de recherche Autonomie et alternance éducatives, à la fois praticien et universitaire, Paul Bachelard, ancien recteur, président de l’Université de Tours et membres de l’équipe de la Direction de la recherche et des études doctorales (DRED) Éducation et alternances. Il est sans doute un des rares recteurs de France qui se soit intéressé, sérieusement, à l’alternance. D’autres noms sont associés à ce courant : Dominique Violet, Maître de conférence, Catherine Guillaumin, chargé de mission Alternance et pédagogie auprès d’une Délégation académique à la formation professionnelle initiale et continue (DAFPIC)…

Citons également quelques autres universitaires qui ont réfléchi au sujet : le pédagogue Jean Houssaye, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Rouen et responsable du Centre interdisciplinaire sur les valeurs, idées, identités et compétences en éducation et formation (CIVIIC) ; Alain Bercovitz, de l’Université de Nancy, qui était en relation avec Laurent Schawrt ; ou encore Jean-Claude Sallaberry, professeur en sciences de l’éducation, directeur de la collection Cognition et Formation chez L’Harmattan.

Georges Lerbet, ancien instituteur au parcours promotionnel atypique, philosophe et psychologue, est un spécialiste reconnu en logique et épistémologie qui a fait porter l’essentiel des ses travaux universitaires sur l’intelligence de la complexité et des paradoxes en éducation.

Dès 1969, à l’Institut universitaire de technologie de Tours, puis vers 1975, il commence à réfléchir aux modalités d’appropriation du savoir après les travaux de Piaget sur le fameux réussir et comprendre. Ces réflexions le conduisent à fonder une distinction entre l’appropriation des savoirs par consommation et l’appropriation par production. Chargé de conférences et directeur de thèse à l’École des hautes études en sciences sociales de 1975 à 1982, maître de conférences puis professeur à l’université de Clermont-Ferrand de 1970 à 1980, il aide Daniel Chartier à mettre en place le perfectionnement long destiné aux moniteurs des Maisons familiales. Ce sera pour lui un terrain d’expérimentation sur l’alternance et l’acquisition des savoirs.

À l’Université de Tours, à partir de 1980, dont il est professeur émérite, il dirige de nombreuses thèses en Sciences de l’éducation et animé un laboratoire de recherches : le Groupe d’étude et de recherche sur les faits éducatifs.

Il a entraîné des générations d’étudiants dans ce que certains ont nommé l’École de Tours qu’il a contribué à créer par l’accueil de multiples courants de théorisation appliqués au domaine de l’éducation et de la formation, et en particulier dans celui de la complexité et de l’alternance.

Gérard Malglaive a un parcours lié à la formation des adultes et à l’univers de la formation professionnelle et ses mutations : promotion sociale au milieu des années 1950, apparition chez des industriels d’un intérêt pour la formation des salariés dans les années 1960, création de l’Institut national de formation des adultes (INFA). Après avoir travaillé au Centre universitaire de coopération économique et sociale (CUCES), à l’INFA puis au Conservatoire des arts et métiers, durant toute sa carrière, il a constamment mené de front une réflexion théorique sur le développement cognitif de l’adulte et la mise en œuvre de formations appuyées sur une pédagogie innovante de l’alternance. Ses travaux portent sur l’articulation entre théorie et pratique réalisée dans l’alternance et les effets recherchés de la socialisation au travail, sur la production de compétences dans une triple perspective, cognitive (mieux agir grâce à la théorie), professionnelle (formaliser les pratiques) et managériale (réaliser les objectifs en gérant les finances et les relations de pouvoir). Il met en place également un cycle de formation par apprentissage dans le cadre de l’Université de Marne la Vallée et le projet Ingénieurs 2000, avant de partir à la retraite.

Il publie en 2007 un ouvrage : Formateur d’adultes, un itinéraire qui raconte sa vie.

Les porte-parole de l’Alternance : l’école de Tours et les universitaires, Patrick GUES, 2009