Hollande et l’apprentissage des seniors : où est le loup ?

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Article de Daniel Schneidermann le 29 avril sur Rue89

De son grand chapeau, Hollande a tiré une trouvaille géniale : envoyer en apprentissage les « chômeurs de longue durée ». Dans la novlangue des communicants et des consultants, « chômeur de longue durée » est synonyme de déchet humain non-recyclable de plus de 50 ans. On peut aussi parler de « senior », les termes sont désormais équivalents. Hollande n’a mis au courant ni ses ministres, ni les patrons, ni les syndicats, l’effet en aurait été atténué. Ainsi lancé sans préavis, le lapin blanc des « seniors en apprentissage » vise droit le journal de 20 Heures, qu’il atteint d’ailleurs sans difficulté.

Médusé, David Pujadas relate « l’annonce de cette disposition inédite » (comme si elle allait entrer en vigueur demain matin), tandis que l’on se demande vaguement où est le loup, et pourquoi personne n’y a pensé avant.

D’où vient l’idée ? Réponse quelques heures plus tard sur la même chaîne, chez Yves Calvi. L’idée, donc, vient d’une co-production entre « le monde associatif » (entendez notamment le Secours catholique) et certains patrons comme Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez. D’ailleurs, présent sur le plateau de « Mots croisés » (quelle coïncidence !) le président du Secours catholique juge l’idée formidable. Car le senior, c’est bien connu, ne cherche pas un boulot, ni un salaire. Il cherche « à se remettre dans cette situation où il se réapproprie l’idée qu’il peut retrouver un emploi », explique le président du Secours catholique. Autant en effet qu’il « s’approprie » cette idée, plutôt qu’un vrai salaire.

Les seniors en apprentissage : dans cette idée, on pourra voir simplement la énième tentative de traitement sémantico-psychologique du chômage, au carrefour toujours très fréquenté de la gamberge patronale et de la pulsion caritative. On pourra aussi y voir le masque du renoncement à résorber le chômage des jeunes : pendant que le gouvernement envoie les quinquas en apprentissage, il baisse les aides d’Etat à l’apprentissage des jeunes, faisant chuter en 2013 le nombre des (vrais) apprentis, pour la première fois depuis 2005. Ce que ne rappellent, évidemment, ni Pujadas, ni Calvi, qu’il serait parfois utile d’envoyer quelque temps en apprentissage.

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