Loi Sapin 2014 : la fin de l’apprentissage ?

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Une tribune de Bernard Capron, Président d’AGEFA-PME, publiée le 22 janvier 2014 sur le site http://www.liberation.fr

« Le gouvernement a présenté ce mercredi son projet de loi sur l’apprentissage visant à fusionner enseignement professionnel et formation professionnelle. Une erreur majeure qui pénalisera à terme la qualité de formation de nos jeunes.
C’est l’une des tentations récurrentes des gouvernements successifs : fusionner enseignement professionnel (dont l’apprentissage est l’une des formes) et formation professionnelle. Derrière la simple réforme technique se profile en réalité une révolution historique. Il s’agit ainsi de revenir sur le choix fait par les partenaires sociaux au lendemain de la Guerre d’adosser (et ce jusqu’à nos jours) l’enseignement professionnel à l’Éducation nationale.
Car si ce sont deux politiques fondamentales, elles ne répondent pas aux mêmes besoins de notre économie. L’enseignement professionnel (dont l’apprentissage) s’adresse à des jeunes en milieux scolaires, du lycée à l’université. Il vise à leur transmettre une culture générale pour qu’ils puissent être mobiles et s’adapter aux évolutions structurelles de notre économie ; il prépare l’avenir en répondant aux futurs besoins de notre économie pour assurer sa compétitivité. Au final il débouche sur un diplôme d’État.
La formation professionnelle s’adresse à des actifs en recherche d’évolution professionnelle immédiate ; ils reçoivent une formation destinée à la maîtrise d’un geste professionnel, pour répondre à un besoin immédiat d’une entreprise. Elle débouche sur une certification partielle.
Si le gouvernement envisage de suivre cette voie, c’est d’abord parce que la France n’a jamais perçu ce qui fait la richesse et la valeur ajoutée de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage. Trop souvent considéré comme réservé aux seuls décrocheurs scolaires à qui l’on promet une formation à un métier peu attractif, aucun parent en France ne se réjouirait à l’idée de voir son enfant suivre cette voie. Suivant cette logique, la réforme du gouvernement réoriente l’essentiel des fonds vers les plus niveaux de formation.
Qui ose rappeler dans le débat public qu’un tiers des apprentis sont inscrits à l’université ? Ce chiffre est d’ailleurs en constante progression (+ 10 % en 2011, soit 123 000 jeunes en 2011 selon le ministère). Qui sait que l’enseignement professionnel forme du CAP jusqu’au Master ? Des boulangers certes mais aussi et avant tout des ingénieurs en aéronautique, des cadres dans les activités de services… ; Qui sait que plus de 80 % des jeunes qui reçoivent cet enseignement trouvent un emploi immédiatement à la sortie de l’école ?
Faire de l’apprentissage un levier de la politique de l’emploi fait donc courir le risque de cantonner nos jeunes dans l’apprentissage d’un métier, d’un geste précis, dans un secteur professionnel donné.(…)
La réforme proposée aurait pu être fondatrice. Elle aurait pu nous permettre de reconnaître l’enseignement professionnel comme une véritable voie d’excellence ; un modèle du dialogue entre l’éducation et les entreprises autour de programmes de formation ambitieux pour nos jeunes. Il n’en est rien. Elle n’est qu’un énième rendez-vous manqué. »

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