Les freins au développement de l’apprentissage : l’apprentissage est pour l’Éducation nationale ce que la Légion Étrangère fut pour l’Armée

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Inventaire réalisé par des directeurs de CFA d’Ile de France, 8 octobre 2013

Manque de souplesse, réactivité, lourdeurs administratives :

Le décalage entre les services de l’inspection académique de l’apprentissage et la réalité des besoins des entreprises prive les CFA d’une certaine « souplesse » pour pouvoir répondre de façon réactive. On ne peut pas mettre comme premier critère la carte des formations où tel lycée ne remplirait pas pour accorder ou refuser une ouverture de section, avec l’appui de la Région bien évidement, surtout lorsqu’il y a une commande d’entreprise ferme avec les contrats d’apprentissage à la clef et les CDI en suivant…
La lenteur du processus d’ouverture qui empêche les CFA d’être réactifs aux demandes spécifiques des entreprises. Aujourd’hui, dans nombre de Régions, toute ouverture ou augmentation d’effectifs se fait pour UNE section précise (Niveau, diplôme, métier).
Le calendrier régional (dépôt de dossiers de demandes d’ouverture de sections ou augmentations de capacités en octobre année N, pour vote élus en janvier N+1 et application septembre N+1) est peu compatible avec la réalité des entreprises.
Proposition : Pour fluidifier les effectifs d’apprentis dans les CFA, simplifier les circuits et maintenir les effectifs d’apprentis, les CFA contracteraient avec la Région au moment de leur renouvellement de convention, un volume global d’apprentis (en flux et en stock) par niveau, sans distinction de filière et de métier.
Ainsi, les directeurs pourront choisir d’augmenter dans une filière en flux tendu leur volume d’apprentis et laisser en sommeil une filière peu demandée (par les jeunes ou les entreprises) dans le respect de l’effectif global du CFA. Plus de procédure d’urgence, plus de commission apprentissage qui étudie ligne à ligne telle augmentation ou création, bref moins d’administratif et plus d’efficacité. Ce qui ne pénaliserait en rien la Région dans son approche financière puisqu’elle pourrait établir son budget de la même façon (les barèmes sont applicables par niveaux et les directeurs de CFA devraient respecter le volume d’apprentis approuvé par niveau).

Dans le registre du handicap, les CFA sont encouragés à juste titre, à accueillir des handicapés physiques ou cognitifs (jeunes – de 26 et plus de 26 ans en l’occurrence).
L’aménagement de la durée du contrat d’apprentissage est possible (6 mois à 3 ans) Mais rien n’est prévu pour pouvoir aménager la durée hebdomadaire du travail (35 heures). Or des aménagements « à temps partiel » sur le temps entreprise et/ou CFA s’avèreraient pourtant bien utiles face à certaines pathologies de jeunes apprentis reconnus travailleurs handicapés.

Proposition: instaurer la possibilité de signer des contrat d’apprentissage à temps partiel pour des publics particuliers avec une rémunération tenant compte de ce temps partiel.

Blocage par l’Éducation nationale :

Les CFA ne sont pas la variable d’ajustement des lycées.
Un des freins au développement d’un véritable apprentissage professionnalisant est la préparation aux diplômes de l’Éducation nationale. Les contraintes qui sont celles des CFA sont plus imposées par l’Éducation nationale (référentiels, recrutement des formateurs, projets professionnels, durée des formations…) que par nos entreprises clientes qui sont nos financeurs directs ou indirects.
Ces contraintes ne conviennent ni aux jeunes ni aux entreprises : diplômes pas toujours adaptés dans leur contenu, durée de formations trop longue alors que tous demandent des formations plus courtes, calendrier scolaire non adapté. Les CFA doivent se battre pour que soit reconnu ses spécificités et pour que l’apprentissage reste une deuxième voie de formation, complémentaire et différente du système scolaire, pas « moins bien ».
Le niveau d’information des services d’orientation qui expliquent tranquillement aux jeunes qu’un bac S ne PEUT pas entrer en BTS apprentissage.
Une carte des formations illisible et qui est argumentée de façon variable en fonction des interlocuteurs. La carte des formations, critère primordial pour la Région, devient un handicap lorsque l’on essaie de choisir le diplôme le plus en adéquation avec l’emploi dans les entreprises (la demande sociale). Cette carte risque de favoriser la multiplicité de l’offre en fonction de l’attrait des jeunes pour un domaine (pas toujours porteur d’emploi, ou porteur d’emploi précaire) ou en fonction des classes à remplir et du corps enseignant disponible.
La disparition du BEP est une grave erreur pour les filières professionnelles… Ils constituaient 50% de l’effectif de certains CFA et le BAC 3 ans n’a pas réussi à combler le déficit.

L’orientation :

Pour les CFA, le problème majeur reste la grande réticence des enseignants chargés de l’orientation dans les collèges et lycées pour diriger les jeunes vers les formations professionnelles par apprentissage. La méconnaissance des métiers et de leurs attraits n’expliquent qu’en partie ce défaut d’orientation. Le cursus scolaire classique est privilégié, sans tenir compte des aspirations du jeune et de ses capacités. C’est donc pour ce jeune un vrai parcours de combattant pour avoir les informations et accéder aux formations dans les CFA.
Les consignes du ministère de l’Éducation nationale pour orienter prioritairement les jeunes vers des filières générales plutôt que professionnelles (cette donnée est confirmée par certains services académiques qui se désolent de la baisse du nombre d’inscrits dans la voie professionnelle).
D’autre part, une orientation plus précoce des jeunes décrocheurs sur des dispositifs adaptés gérés par les CFA en entrée permanente favoriserait également leur future insertion dans la formation professionnelle par apprentissage.
Il ne faut pas que toute nouvelle mesure gouvernementale vienne entraver les orientations vers l’apprentissage, comme cela peut être le cas en ce moment avec l’emploi avenir pour les niveaux V.
Il semble que l’apprentissage est pour l’Éducation nationale ce que la Légion Étrangère fut pour l’Armée mais au 20ème siècle. Il en découle un déficit (voire une absence) de communication entre les lycées, les collèges et les CFA. Les systèmes d’orientation ne semblent pas parler des CFA au collège. L’image des CFA est malheureusement assez négative dans l’imaginaire des parents, véhiculée parfois par les enseignants du système général, particulièrement pour le secteur bâtiment mais pas seulement.

Reconnaissance de la spécificité de l’apprentissage :

La non reconnaissance de la singularité et de la spécificité des CFA.
C’est nier la capacité des CFA à aller chercher ce public qui ne se reconnait pas dans le système temps plein, c’est réussir à projeter un jeune dans un système où l’entreprise va lui permettre de construire son savoir, ses compétences avec la sécurisation d’une alternance qui va replacer sa vie d’entreprise au cœur d’un système d’apprentissage. Penser que ces jeunes retourneront, ou continueront dans le système temps plein c’est alimenter la machine à échec
Cesser de vouloir faire rentrer l’apprentissage dans des cases qui ne sont pas les siennes ! Que l’on reconnaisse une bonne fois pour toute l’apprentissage et que l’heure de face à face ne soit pas l’unique valeur de gestion !

La communication :

Le manque de communication conjointe entre les entreprises, la région, les SIO sur les diplômes qui correspondent aux postes à pourvoir à court terme.
C’est un poncif, mais la voie de l’apprentissage est toujours présentée comme une voie par défaut pour ceux qui ne peuvent suivre le cursus scolaire normal, ou pour ceux qui ne peuvent subvenir à leurs besoins
La communication actuelle de la Région et de l’Etat fait plus de mal que de bien en mettant en avant des témoignages de jeunes en difficulté « sauvés » par l’apprentissage. Les parents, les jeunes adultes étudiants, qui ont un réel goût pour l’insertion dans la vie professionnelle mais qui ne se considèrent pas comme des « loosers », ne s’identifient pas à ce parcours d’apprentissage.

Des annonces perturbantes pour les entreprises : ICF, pas ICF (indemnité compensatrice forfaitaire) ?

L’État et la Région devraient profiter de l’excellence de certaines filières du Supérieur en apprentissage pour tirer l’image de l’apprentissage vers le haut.
Même si ce n’est pas politiquement correct de valoriser le Supérieur, cela tirerait vers le haut l’apprentissage en général, donc aussi les niveau 4 et 5.

Cadre juridique de l’apprentissage :

Le contrat d’apprentissage, certes de type particulier, laisse peu de place au CFA (cadre juridique) : nomadisme du jeune ou de l’entreprise qui peuvent passer d’un CFA à l’autre; effet limité des décisions prises en CFA (par exemple sanction) sur la poursuite du contrat, problème de l’exclusion d’un jeune défaillant… impossibilité du « redoublement », décalage qu’il peut y avoir entre le droit du travail lié au statut de salarié d’un apprenti et l’application d’un règlement intérieur d’un CFA.

Sécurisation des financements :

La réforme de la Taxe d’apprentissage est toujours en discussion et, selon les pistes connues, il serait question de relever le quota. Très bien.
Mais il serait question dans le même temps de rendre le barème inéligible aux CFA…!
Donc on reprendrait d’une main ce qu’on donne de l’autre… Une entreprise pouvait réserver à un CFA l’intégralité de sa TA disponible (quota + barème), elle ne pourra plus le faire demain…
Le CFA n’est pas maître de ses ressources qui sont aléatoires. La « découverte » de la collecte de taxe d’apprentissage, au 5 juillet, relève de la loterie…

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