L’Ecole face au défi des compétences et de la compétitivité

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La fondation Terra Nova a publié le 22 mars 2013 une note de Daniel Bloch, Ismail Tsouria, Jacques Perrin, Jean-Yves Ledoux, Maya Akkari.

Pour accéder au document, cliquer sur ce lien.

« Face aux défis posés par le développement de la base productive et de la compétitivité de notre pays, le service public de l’éducation, avec l’appui des entreprises et des  collectivités territoriales, doit pouvoir réduire la proportion de jeunes sortant du système éducatif sans diplôme, et élever le niveau national d’éducation et de formation. La présente note formule seize propositions pour développer le baccalauréat professionnel, refonder la licence professionnelle et le master, réduire les sorties sans diplôme, prendre appui dans cette stratégie sur le territorial… »

Si nous sommes entièrement d’accord avec le constat qui est effectué, certaines propositions nous paraissent discutables et de nombreux sujets fondamentaux ne sont pas abordés.
Affirmer par exemple en priorité n°1 qu’il suffirait d’unifier le lycée général et le lycée professionnel pour résoudre le problème de l’enseignement professionnel en France est un raccourci, nous semble-t-il fort dangereux.  La priorité, face au défi des compétences et de compétitivité, est plutôt de réfléchir à rapprocher les lycées professionnels et les CFA, à faire en sorte qu’il y ait une véritable politique de l’enseignement professionnel, indépendante de celle de l’éducation nationale qui a suffisamment de problèmes à résoudre au niveau de l’école primaire et du collège !

Je note également que pas une fois est abordée la question de la formation par alternance alors qu’elle est une clé essentielle du redressement de l’enseignement professionnel en France, ni la mixite indispensable des publics dans les classes, ni de l’individualisation des parcours, ni la possibilité d’alterner « alternance scolaire » et « alternance sous statut de travail »…

Oui, les enjeux de l’enseignement technique et professionnel en France sont immenses aussi bien en termes d’insertion sociale et professionnelle des jeunes que de développement humain et économique du pays.

Pour ce faire, il est impensable de traiter seulement de cette question à travers l’enseignement professionnel du second degré. La voie professionnelle est plus large et c’est la totalité de son périmètre qu’il faut prendre en compte : les 705 500 élèves de CAP, BAC PRO des lycées professionnels bien évidemment, mais aussi les 149 900 élèves de l’enseignement agricole auxquels doivent être ajoutés les 242 247 étudiants des sections de techniciens supérieurs (BTS), les 116 476 étudiants inscrits en DUT, les 424 742 apprentis, les 136 164 élèves des écoles paramédicales et sociales (chiffres 2010, site du ministère de l’Éducation nationale) et les jeunes en contrat de professionnalisation. Ce total pourrait être majoré par les étudiants en licence professionnelle et en formation d’ingénieur, soit une cohorte annuelle potentielle de plus de 2 millions d’élèves, apprentis ou étudiants…

Pour développer une politique ambitieuse en faveur de la voie professionnelle, un affichage politique et un engagement de la Nation sont nécessaires comme par exemple :

  • Affirmer publiquement la diversité de la voie professionnelle (enseignement professionnel de l’Éducation nationale, de l’Agriculture, de la Santé, de la Jeunesse et des Sports…) et des modes de formation (scolaire et apprentissage en particulier).
  • Rapprocher l’enseignement professionnel, l’apprentissage et la formation tout au long de la vie pour éviter les incohérences et les concurrences néfastes, dans un souci d’offrir des parcours diversifiés pour la réussite du plus grand nombre de jeunes.
  • Créer une Mission Enseignement professionnel, apprentissage et formation tout au long de la vie dans la loi de finance.
  • Élargir les missions des lycées professionnels, CFA et Centres de formation, dans la future loi sur l’Éducation, à l’animation des territoires et au développement…

Il faut ensuite valoriser l’originalité et les résultats de la voie professionnelle qui a des spécificités éducatives fortes. Comment renforcer encore ses relations avec les territoires et la présence des professionnels au sein des établissements ? Comment prendre en compte un métier de formateur connaissant l’entreprise ? Comment favoriser, dans les apprentissages, le sens donné au savoir, l’approche pluridisciplinaire, le fait qu’un jeune soit acteur de sa formation ? Comment encourager le pilotage local ? Bref, comment renforcer les caractéristiques d’une voie professionnelle innovante qui prépare à la relève des chefs d’entreprise et aux évolutions des métiers et tout à la fois à la construction de la citoyenneté et à l’acquisition d’une solide formation générale ?

Il faut encore poursuivre la rénovation de la voie professionnelle et ne pas hésiter à faire des propositions qui ne sont pas dans l’air du temps comme l’ouverture de classes de 4e et 3e de l’enseignement professionnel et la création de parcours préparatoires à l’apprentissage en formation scolaire par alternance dans les CFA (pour lutter efficacement contre les ruptures de contrat par exemple). Quitte à être à contre‐courant encore, ne faudrait-il pas réfléchir également au rapprochement des filières technologiques et professionnelles afin que le système éducatif français soit organisé autour de deux voies clairement identifiées : la voie générale et la voie professionnelle ? Enfin, la réforme de la voie professionnelle doit être achevée et réfléchie en lien avec tous les dispositifs de formation, scolaire, apprentissage, contrat de professionnalisation, formation continue :

  • Diminuer le nombre d’options des Bac pro et laisser la possibilité aux établissements de s’adapter aux besoins locaux.
  • Réaffirmer l’importance du bac pro en 3 ans (tout en laissant la possibilité d’y accéder en 4 ans après un CAP pour certains élèves).
  • Valoriser les classes de CAP qui constituent un premier palier de qualification indispensable pour de nombreux jeunes.
  • Permettre à tous les jeunes de progresser en offrant des parcours de réussite du CAP jusqu’au BTS.
  • Élargir encore les possibilités de passerelles.
  • Réaffirmer l’importance du contrôle continu pour évaluer la progression des compétences en cours de formation.
  • Développer la mixité des statuts (apprentissage, scolaire, contrat de professionnalisation) au cours des parcours pour répondre à toutes les demandes, favoriser administrativement ces possibilités (par exemple pour le CCF) et faciliter le passage d’un statut scolaire à un statut d’apprenant sous contrat de travail et vice et versa.
  • Ouvrir des secondes professionnelles par alternance sous statut scolaire dans les CFA afin que le bac pro puisse être conduit en apprentissage sur deux ans (Bac pro première et terminale).
  • Prévenir la constitution de deux filières par apprentissage, une classique, dévalorisée, composée des CFA traditionnels et une filière haut de gamme dans les grandes écoles ou à l’Université.
  • Rendre plus lisible encore le cadre législatif qui encadre l’apprentissage et assurer une meilleure répartition de ses ressources financières

Enfin, il faut une fois pour toute aborder la question de l’alternance. L’alternance connaît des freins à son développement. Depuis les années 1970, les formations alternées en France ont été encouragées par tous les gouvernements, mais ne « s’imposent » pourtant que lentement. Au-delà du cadre juridique, l’alternance pose des questions fondamentales : L’alternance est-elle seulement considérée comme un remède aux difficultés d’insertion des jeunes ? Est-elle envisagée comme une voie de relégation afin de réconcilier les jeunes en difficulté scolaire et la formation ? Ou bien est-elle conçue comme un moyen pour valoriser la diversité des talents et toutes les formes d’intelligence ? Quelle place encore est faite au collège à l’information sur les possibilités offertes par les formations alternées ? Quelle place est réservée aux jeunes dans les entreprises ? Comment ces dernières s’ouvrent-elles à la présence de jeunes en leur sein ? Questionner l’alternance, c’est revisiter le projet de société que l’on souhaite pour demain. Les rapports sur l’alternance se succèdent. Ils se centrent sur la législation et les financements, mais en oublient l’essentiel : l’alternance porte en elle une ambition humaine et un projet éducatif et sociétal dont l’enseignement professionnel pourrait judicieusement s’inspirer.

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