+ 28% de candidats au Bac pro en 2012

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Article de François Jarraud dans l’Expresso du jeudi 14 juin du Café pédagogique

« Finalement la quasi totalité des gains dans le taux d’accès au bac se fait grâce au bac professionnel. En 2012 il croit de 28% avec 220 000 candidats  (171 000 en 2011). Le bac existe dans 84 spécialités, certaines infimes (mise en oeuvre des matériaux céramiques : 2 candidats) , d’autres colossales (commerce 31 394 candidats, électrotechnique 22 018). (…)

« Ce n’est pas un gonflement artificiel », explique JM Blanquer (directeur de l’enseignement scolaire) à propos de la croissance du bac pro. Pour lui il est clair qu’elle résulte de la réforme qui a fait passer le bac pro de 4 à 3 ans. Il serait plus exact de dire que c’est la conséquence de la quasi suppression du Bep, devenu un diplôme intermédiaire au contenu et à la reconnaissance flous. Davantage de jeunes vont jusqu’au bac pro du fait de cet effacement du bep. Dans une étude réalisée pour le CREN, Vincent Troger montre que le bac pro est en train de changer d’identité. « Les contenus professionnels enseignés paraissent moins rébarbatifs aux jeunes et leur ouvrent éventuellement des perspectives d’études qui leur paraissent compatibles avec ce qu’ils pensent être leurs compétences, tandis que l’égalité symbolique avec les autres filières de lycée et l’espoir de poursuite d’études qui y est associé rassurent leurs parents.. Le LP ne serait plus utilisé exclusivement comme une filière de consolation pour les éclopés du collège unique, mais il serait aussi choisi par des publics majoritairement populaires en raison de contenus de formation correspondant mieux à leur rapport au savoir et dans l’optique d’une accession au baccalauréat et à différentes formes d’enseignement supérieur, principalement technologiques. » 

Mais cette heureuse évolution a sa part d’ombres. D’une part cette espérance d’études supérieures est souvent un leurre. Pas grand chose est fait pour permettre l’accueil des bacheliers professionnels dans des filières supérieures courtes. Leur arrivée en université conduit généralement à l’échec. D’autre part, la croissance des bacs pro se fait dans une refonte globale du professionnel. Le nombre de jeunes orientés en CAP a considérablement augmenté. Les trois quarts d’entre eux entreront dans la vie active après le CAP avec une formation assez faible. Les autres, un quart environ, vont en bac pro. Pour beaucoup d’élèves de seconde pro atteindre le bac  en 3 ans au lieu de 4 reste une gageure. C’est nettement plus dur et le taux de décrocheurs à la fin de la seconde pro a doublé avec la mise en place de la réforme passant de 7 à 14%. 

Le rapport de Jean-François Cuisinier et Brigitte Doriath réalisé en 2011 pose la question de cette croissance du décrochage. « La rénovation de la voie professionnelle augmente-elle les sorties sans qualification ou au contraire les réduit-elle ? La voie professionnelle offre dorénavant deux niveaux : le bac professionnel en 3 ans et le CAP. Si l’orientation en fin de troisième vers la voie professionnelle stagne légèrement à la baisse, les entrées en CAP augmentent fortement puisqu’elles passent de 2 à 4% des sorties de 3ème. Les CAP semblent trouver leur public. Mais pour les autres jeunes, le risque d’exclusion s’est renforcé. Les inspecteurs ne le disent pas mais le rythme accéléré du bac pro. (3 ans au lieu de 4) le rend plus difficile pour certains élèves. A la fin de la seconde une proportion plus forte (un jeune sur 5) n’est pas admise en première. Que deviennent ces élèves ?  » Un peu plus d’un jeune sur cinq ne passe pas en première et peu, parmi eux, reprennent un cursus en LP », note le rapport. « Pour les autres, toutes les hypothèses sont ouvertes : un autre cursus de formation pour les uns, l’abandon de toute formation pour les autres. Se joue là, en partie, la réussite du deuxième objectif de la rénovation : la réduction des sorties sans diplôme ».

 

La montée des bacs pro a cette double face d’un tri plus précoce et d’une progression du nombre de bacheliers. Globalement le taux de bacheliers progresse. Mais au final le taux d’accès au supérieur lui ne s’améliore pas. Il reste très inégalitaire socialement. Sur le fond « tout change pour que rien ne change ». La promesse de démocratisation du supérieur, tenue dans de nombreux pays développés, reste à faire. 

 

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