La connaissance des métiers, l’apprentissage et le fait de mener de front des études avec un emploi sont insuffisamment développés en France

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Nous reproduisons ci-dessous, avec son accord, un article daté de juillet 2011 de Pierre Gandossi, fondateur de l’AFIPE. Cet article nous interpelle sur la dramatique coupure qui existe dans notre pays entre la formation et le travail.

« Bien que les médias et les pouvoirs publics se focalisent sur le taux de chômage, le point faible de la France serait plutôt son taux d’emploi qui se situe parmi les moins élevés de l’Union européenne, notamment chez les moins de 25 ans (31,4% en 2009)…

Le taux d’emploi est la proportion de personnes disposant d’un emploi parmi celles en âge de travailler, il reflète les capacités d’une économie à employer ses ressources en main-d’œuvre (1). Or la France est loin de donner l’exemple : l’âge moyen de sortie du système scolaire avoisine les 21/22 ans, quel que soit le niveau obtenu au cours de sa scolarité. Si on avait instauré, il y a au moins 30 ans, dans le second degré et l’enseignement supérieur, la connaissance des métiers dans les programmes scolaires, l’apprentissage et le fait de mener de front des études avec un emploi, on n’aurait probablement ni eu le besoin de mettre en place autant de dispositifs publics d’insertion, ni eu la nécessité de créer autant d’emplois aidés dans le secteur public, simplement pour absorber le trop plein d’étudiants et de jeunes sans qualification sortant du système éducatif sans expérience de la vie professionnelle. Quelques chiffres pour mieux comprendre, le problème français : les taux d’emploi des jeunes âgés entre 15 et 24 ans sont de 68 % aux Pays-Bas, de 63,6% au Danemark, de 54,5 % en Autriche, de 48.4% au Royaume-Uni, de 46,2% en Allemagne et de 39,6% en Finlande. Dans ces pays, le  système de formation est solidement associé au marché du travail, ils connaissent moins, par conséquent, le déclassement et le chômage des jeunes que nous subissons dans l’hexagone. Les universités et les centres de formation, bien qu’ils bénéficient de crédits publics, sont gérés par des organismes, beaucoup plus autonomes dans leur gouvernance, ce qui leur permet de privilégier l’initiative individuelle, de développer des politiques de coopération durables avec les entreprises ou le monde économique et d’inciter les jeunes, au moment de leur orientation, à se diriger vers les secteurs d’activité qui recrutent. La France de son côté fait pâle figure avec seulement : 420 000 apprentis et moins de 80 % d’une classe d’âge obtenant son baccalauréat, alors qu’à peine 40% des emplois ont besoin d’un tel niveau de formation (2)… Face à la crise, les meilleures formules pour contrer le chômage des jeunes sont donc : une meilleure connaissance des métiers (dès l’école primaire), l’apprentissage, mais aussi la possibilité de leur faire connaître le plus tôt possible le marché du travail par le biais de jobs divers et variés…

En France, « seulement 13% en moyenne des étudiants de moins de 24 ans ont une activité rémunérée égale au moins à mi-temps, alors qu’ils sont 30,8% en Allemagne, 35,1% au Royaume-Uni, 55,6% au Danemark et 58,3% aux Pays-Bas » (3). Dans un rapport remis au Premier Ministre en 2007, le Conseil d’analyse économique (CAE) distingue un double avantage à favoriser le cumul emploi et études pour les jeunes : facilitation de leur insertion sur le marché du travail et atténuation du passage de la non-activité à l’activité professionnelle. De plus, une expérience plus précoce du marché du travail leur permet de  mieux prendre conscience des réalités économiques et sociales, mais aussi d’orienter leur choix vers des filières où les débouchés existent assurément. D’autant que, selon l’observatoire de la vie étudiante, le cumul d’un emploi avec des études en général « n’a pas d’incidence significative sur le taux de réussite aux examens » (3). Le CAE souhaiterait donc que certains emplois, compatibles avec la poursuite d’un enseignement supérieur, soient favorisés, notamment ceux à temps partiel (4). Les étudiants bénéficieraient aussi plus facilement du statut de salarié (notamment pour le calcul de leurs droits à la retraite).

Si le France avait agi de la sorte, le moment venu, en encourageant la pratique par l’expérience et en favorisant les centres d’intérêt chez les jeunes, elle serait parmi les pays les mieux classés de l’union européenne. Les jeunes auraient ainsi une meilleure approche de la vie professionnelle et de leur orientation, au lieu de tout miser sur leurs résultats scolaires, comme le système éducatif français les pousse à le faire. Il est dommage, en effet, que l’enseignement professionnel ne soit envisagé que lorsque les élèves ont des problèmes d’assiduité et de compréhension ou quand ils cherchent une orientation dans l’enseignement supérieur. »
            
1) Tableau INSEE 2009 : taux d’emploi par âge dans l’union européenne
2) Lucie Roquebain et Fabrice Lacombe, Les emplois de demain (le cherche midi, 2009)
3) voir le site : ove-national.education.fr
4) voir le  site : cae.gouv.fr

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