L’apprentissage reste l’une des meilleures solutions pour lutter contre le chômage des jeunes

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Pierre GANDOSSI, Fondateur de l’AFIPE ( CFA de la vente et du commerce) a souhaité soumettre aux lecteurs de ce blog un article sur l’apprentissage. Je l’en remercie pour venir ainsi nourrir notre réflexion.

Il y a déjà presque vingt ans, Edith Cresson, première femme en France à être Premier ministre, exhortait les français à croire davantage à l’apprentissage. Elle prévoyait d’abord 500 000 apprentis au bout de cinq ans et le double dix ans plus tard, seul remède, selon elle, pour lutter contre le chômage des jeunes.
Avec le recul, vu le nombre de jeunes aujourd’hui au chômage et sans qualification (plus d’un jeune sur cinq en moyenne), on peut regretter que son plan n’ait pas pu se concrétiser. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. D’autres gouvernements de gauche comme de droite ont pris la suite (Bérégovoy, Balladur, Juppé, Jospin, Raffarin, Villepin et Fillon), tous ont plébiscité les vertus de l’apprentissage, primes à l’embauche et exonérations sociales à l’appui. Entre-temps, pour essayer d’être plus efficace, le dossier a été transféré aux Régions. Malgré un léger progrès, il faut se rendre à l’évidence, lorsqu’on regarde de près le nombre d’apprentis en France (420 000 en 2010) : les espoirs des différents gouvernements se sont brisés au contact de la réalité. La faute à qui ? Les raisons sont multiples : un système éducatif rétif à toute innovation, des employeurs qui ne sentent pas assez concernés et un dialogue social en panne ou peu inventif sur cette question.
Finalement, être jeune dans notre société française est devenu singulièrement un problème, autant pour celui qui ne possède aucune qualification que pour celui qui a fait le choix de poursuivre des études à l’université, faute de débouchés professionnels avérés.

Le retard pris par l’apprentissage

L’apprentissage demeure donc une formation en alternance éprouvant de grosses difficultés à trouver sa place dans le système éducatif français, malgré un taux d’accès à l’emploi envié puisqu’il dépasse les 70 %. Considéré encore comme un enseignement secondaire, parce que professionnel, il s’adresse principalement aux jeunes les moins scolaires et à certains jeunes chômeurs sans qualification (environ 56% des apprentis préparent un diplôme de niveau V, BEP ou CAP). Néanmoins, on constate une majoration de sa présence dans le supérieur (100 000 en 2010 représentant 23,8% du total des apprentis), évolution due entre autres au fait que les grandes entreprises sont confrontées à des situations récurrentes de recrutement  et obligées depuis 2008 et la loi de Cohésion sociale de 2005 de recruter 3% de leurs effectifs de cette manière (1). De plus, le  gouvernement vient d’annoncer qu’il souhaite porter le quota d’alternants à 4% des effectifs dans les entreprises, ceci devant permettre l’embauche à terme de 135 000 jeunes supplémentaires en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. Un système de bonus-malus serait institué pénalisant ainsi les employeurs récalcitrants. Le rapport Attali 2010 recommandait lui aussi le développement de l’apprentissage dans tous les établissements publics d’enseignement qui en ont la possibilité (Lycées et Universités). Ce qui est loin d’être gagné, les enseignants de l’Education Nationale craignent, en effet, que son essor se fasse au détriment des GRETA, des lycées professionnels et de l’alternance sous statut scolaire. La réforme des bacs professionnels en trois ans n’a rien fait pour arranger les choses. Les BEP ont disparu et les CAP sont en perte de vitesse. Les entreprises, de leur côté, hésitent à signer des contrats de travail aussi longs, inaugurant pour l’occasion une nouvelle forme de CDD.
D’autant que ces quinze dernières années, les relations entre l’Education Nationale et les employeurs ont plutôt privilégié les stages en entreprise, ne nécessitant pas forcément une implication forte des deux parties, au point qu’un jeune de niveau supérieur au BAC ne revient pas plus cher aujourd’hui à un employeur qu’un jeune sans diplôme. Deux rapports, un de l’INSEE en 2006 estimait déjà le nombre d’entrées en formation de stagiaires chômeurs rémunérés ou pris en charge par la protection sociale à 660 000 en 2003 ; un autre du Sénat indiquait que le nombre de stages effectués en 2008 par des étudiants s’élevaient à 800 000 et celui du nombre de jeunes non titulaires du baccalauréat à environ 1,3 million, essentiellement des collégiens en classe de troisième, selon le MEDEF(2). Des chiffres, difficiles à comparer aux pieds de la lettre, mais qui mesurent le retard pris par l’apprentissage. Face à ce phénomène préoccupant, une nouvelle disposition gouvernementale, à l’époque Martin Hirsch, lorsqu’il était au gouvernement, prévoit désormais qu’un jeune stagiaire sous statut scolaire soit indemnisé dès son troisième mois de présence dans l’entreprise, plus de 400 euros/mois, ce qui reste très « bon marché », notamment dans les filières d’excellence.

Eviter la dilution des crédits réservés à l’apprentissage

Autre contrainte : sur 2 milliards d’euros de taxe d’apprentissage, moins d’un milliard vont effectivement à l’apprentissage, c’est-à-dire aux Centres de formation d’apprentis. A en croire Henri Lachmann, ex-PDG de Schneider Electric, entreprise du CAC 40, chargé il y a quelques années de mener une mission de développement de l’apprentissage, à la demande de Jean Louis Borloo, ancien Ministre de l’Emploi : « l’opacité du système de financement est véritablement un problème de fond ». Il déplore le fait que la taxe ne soit pas réservée uniquement à l’apprentissage. 
Par ailleurs, les Régions se disent prêtes à assumer le pilotage du service public de l’orientation, aux côtés de celui de la formation professionnelle. Elles demandent à gérer également la taxe d’apprentissage, en lieu et place des employeurs, organismes collecteurs des fonds de la formation à l’instar des compagnies consulaires et des branches professionnelles ; une première, alors que le gouvernement souhaite surtout en diminuer le nombre pour remédier à une dilution des crédits réservés en théorie à l’apprentissage. Il est vrai que les formations de demain ne se présenteront pas toujours dans les mêmes secteurs d’activité, c’est l’une des raisons qui incite les pouvoirs publics à vouloir mutualiser cette manne financière dans le but d’éviter qu’une multitude d’intermédiaires sans rapport avec la promotion de l’apprentissage en bénéficie. L’économie est mouvante et rappelle, chaque jour, à ceux qui l’oublient que les schémas organisationnels d’hier, comme ceux d’aujourd’hui, qu’ils soient publics ou privés, ne sont jamais éternels. Il faudra redoubler de persuasion pour faire comprendre aux plus sceptiques que l’apprentissage est bel et bien l’une des meilleures solutions pour lutter contre le chômage des jeunes, même si le chemin pour y parvenir reste semé de chausse-trappes.

Poissy le 1 septembre 2011
(1)  Blog de Richard Descoings, Directeur de Sciences-PO, information publiée dans le journal les Echos du 17 février 2011
(2)  Rapport de l’INSEE : France, portrait social 2004/2005 et rapport du Sénat 2008, France, ton atout « jeune » : un avenir à tout jeune (stages en entreprise), www.senat.fr

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Une réponse "

  1. D’accord sur tout. Les 4% concernent principalement les entreprises de plus de 200 salariés. Enfin, et toujours, le monde est en mouvement, l’emploi aussi. Force est de constater qu’il existe toujours une distance entre idéaux politiques et réalités de terrain.
    Les Régions serrent les cordons de la bourse, peu de chefs d’entreprises à part dans des secteurs de pointe ou innovants ont recours à l’alternance sauf pour des niveaux supérieurs à Bac+2 le plus souvent. Oui, je crois à l’alternance, non pas comme LA solution anti-chômage des jeunes, mais plutôt comme un mode de transmission des savoirs appropriés et plus en phase avec le monde de l’entreprise. Des questions restent en suspend : notre système d’éducation n’est-il pas trop élitiste ? A-t-on besoin de former une multitude de BAC pro dans des secteurs qui n’embauchent plus histoire de remplir les classes des centres de formation ? Les référentiels de formation sont-ils réellement en accord avec les métiers pratiqués ? Donc ne faudrait-il pas être plus observateur sur ce point et mettre en place une ingénierie de formation plus pertinente ? etc.

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