Les stages à vie, c’est fini ?

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Lu sur le site Le + Le Nouvel Observateur… une dénonciation bien venue des stages abusifs dans l’enseignement supérieur.

La société évolue et avec elle, l’entreprise. À l’heure des « indignés », l’abus de stagiaires, autrefois « tendance », est devenu ringard : c’est signe de mauvaise santé de l’entreprise. Adieu l’esclavagisme moderne, donc. Bonjour l’alternance.
Les stagiaires se transformeront en alternants en tout cas c’est le désir de la classe politique. Avant de se réjouir de ce vœux, quelques éléments sont à « screener » sur le sujet du stage et de l’alternance.
Le choix de société est là. Certes, il n’est pas très cornélien et c’est ainsi. Allons-nous tourner le dos à l’abus des stages pour aller vers une sécurisation de l’intégration des jeunes dans le monde du travail par l’apprentissage ?
Il semble qu’au fil du temps, par l’action de Génération Précaire lors des années clefs de la problématique 2005-2007 puis l’action des syndicats, l’idée ait suivi son chemin. Abuser des stagiaires est ringard, c’est signe de mauvaise santé de l’entreprise et bien peu de sociétés se vantent « d’en utiliser de trop ». Il y a quelques années personne n’avait pris vraiment le temps de voir le décrochage de l’insertion des jeunes. Plusieurs éléments intervenaient dans ce mécanisme dont les signaux étaient pourtant perceptibles. Cela résidait en quelques points tout simples. D’une part la massification de la diplomation universitaire. D’autre part l’ère de la mondialisation galopante et surtout des délocalisations à outrance. Là, les entreprises voyaient comme modèle idéal une production à bas coût à l’étranger et un emploi à minima dans les territoires nationaux.
Le stagiaire est dans cette période devenu selon certains l’esclave moderne. D’autres ont parlé de bizutage social présentant comme un mirage une insertion professionnelle reportée sine die. Enfin, plus simplement, le stagiaire était à l’avant-poste de la délocalisation. Il en était une unité permanente, une sorte de prototype de laboratoire intégré à notre société. Pas d’océan pour éviter de le côtoyer et de culpabiliser sur son sort. Il était pourtant invisible. Le stagiaire passait, un autre venait… une déresponsabilisation et une forme de zapping familier et accepté. Interchangeable, ne coûtant rien. Un stagiaire était le « délocalisé » à haute valeur ajoutée. La suite est simple. Tout le monde a voulu utiliser le stagiaire. Il est jeune, il veut travailler. Il a peu de droits, on ne doit pas le harceler de trop et il faut éviter d’avoir des vues trop sexistes ou des gestes déplacés.
Très vite le stage est donc devenu une niche fiscale pour des entreprises. Coûtant jusqu’à 7 fois moins cher qu’un employé en CDD ou CDI, il devenait très avantageux d’ouvrir des postes aux stagiaires pour des taches parfois sensibles. Un moindre coût et donc une forme de gain très vite engrangé. Le stagiaire était donc le « délocalisé » idéal. Il arrivait à mettre en panique la concurrence étant donné qu’on pouvait engager des dizaines de stagiaires jusqu’à ne plus pouvoir les « héberger ». Là, encore, l’innovation a joué, des grandes entreprises ont eu comme élément de négociation de proposer à des sous-traitants de « prendre des stagiaires » pour encore réduire les coûts… le système est alors devenu ingérable. Une vraie dynamique de désinsertion sociale… La massification de l’université conduisant à chasser un stagiaire d’une embauche par l’arrivée de beaucoup de nouveaux stagiaires souvent plus formés et compétents, au niveau informatique notamment. Le dernier arrivage des stagiaires était prisé… nouvelle tendance, nouvelle compétence… oups surtout ne pas le dire au stagiaire, mais on voyait bien que la carotte d’un CDI marchait à plein régime sur ces naïfs…
Aujourd’hui, la problématique revient au galop et surtout devient un enjeu présidentiel. Aussi sous des impulsions répétées, les entreprises et syndicats ont essayé de se mettre d’accord sur une conduite à tenir. Rien de contraignant, mais il sera préféré des contrats d’alternance. Ceci est évidemment encourageant. Le jeune alternant rentre dans une logique de responsabilité pédagogique accrue. En cas d’échecs de l’insertion de l’alternant, une évaluation des employeurs, et des universités (CFA du supérieur ou autre) se fera avec sanction probable pour les « ratés éventuels ». Ce changement de braquet idéologique est à mettre en relation avec l’arrivée de la crise, la fin de cette idée que la délocalisation « intra-muros » est saine et surtout par le raz le bol récent des « indignés » a boosté les négociations sur le sort des stagiaires.
Évidemment, le stage va perdurer, mais il sera fortement humanisé. Il devra aussi devenir formateur comme à son âge d’or ou le stagiaire avait systématiquement un CDI en fin de parcours. Le stagiaire va ainsi peut-être redevenir « futur embauché » au lieu d’être « le premier délocalisé ». La différence est de taille. Le jeune demain sera alternant ou stagiaire très suivi en vue d’une intégration au corps social.
Que de chemin donc… d’esclave moderne, il est devenu alternant pour se fondre dans la société et apporter sa part de travail. On peut rêver de ces bases plus saines qui changent surtout le regard de l’entreprise sur le jeune, mais aussi celui de l’université responsabilisée sur les étudiants qu’elle forme… Une révolution copernicienne du monde du travail et de la formation est peut-être en cours. C’est essentiel et c’est peut-être maintenant que cela démarre, se joue et portera demain ses fruits. Les stages à vie c’est fini… c’est peut être pas un mal…

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