L’apprentissage : une des meilleures solutions pour lutter contre le chômage des jeunes

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Une très bonne tribune de Pierre Gandossi, président de l’AFIPE (organisme gestionnaire du CFA Vente et Commerce de Poissy) qui pointe l’ensemble des problématiques de l’apprentissage aujourd’hui en France.
Je me permets de la publier en entier. Cette tribune est parue sur www.mediaseine.fr le 21 avril 2011.
 
« Il y a déjà presque vingt ans, Edith Cresson, première femme en France à être Premier ministre, exhortait les français à croire davantage à l’apprentissage. Elle prévoyait d’abord 500 000 apprentis au bout de cinq ans et le double dix ans plus tard, seul remède, selon elle, pour lutter contre le chômage des jeunes.

Avec le recul, vu le nombre de jeunes aujourd’hui au chômage et sans qualification (plus d’un jeune sur cinq en moyenne), on peut regretter que son plan n’ait pas pu se concrétiser.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. D’autres gouvernements de gauche comme de droite ont pris la suite (Bérégovoy, Balladur, Juppé, Jospin, Raffarin, Villepin et Fillon), tous ont plébiscité les vertus de l’apprentissage, primes à l’embauche et exonérations sociales à l’appui. Entre-temps, pour essayer d’être plus efficace, le dossier a été transféré aux Régions.

Malgré un léger progrès, il faut se rendre à l’évidence, lorsqu’on regarde de près le nombre d’apprentis en France (420 000 en 2010) : les espoirs des différents gouvernements se sont brisés au contact de la réalité. La faute à qui ? Les raisons sont multiples : un système éducatif rétif à toute innovation, des employeurs qui ne sentent pas assez concernés et un dialogue social en panne ou peu inventif sur cette question.

Finalement, être jeune dans notre société française est devenu singulièrement un problème, autant pour celui qui ne possède aucune qualification que pour celui qui a fait le choix de poursuivre des études à l’université, faute de débouchés professionnels avérés.

L’apprentissage demeure donc une formation en alternance éprouvant de grosses difficultés à trouver sa place dans le système éducatif français, malgré un taux d’accès à l’emploi envié puisqu’il dépasse les 70 %. Considéré encore comme un enseignement secondaire, parce que professionnel, il s’adresse principalement aux jeunes les moins scolaires et à certains jeunes chômeurs sans qualification (environ 56% des apprentis préparent un diplôme de niveau V, BEP ou CAP).

Néanmoins, on constate une majoration de sa présence dans le supérieur (20% du total des apprentis), évolution due entre autres au fait que les grandes entreprises sont confrontées à des situations récurrentes de recrutement et obligées depuis 2008 et la loi de Cohésion sociale de 2005 de recruter 3% de leurs effectifs de cette manière.

De plus, Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, vient d’annoncer le 1er mars 2011 lors de son discours de Bobigny qu’il demandait au gouvernement de porter le quota d’alternants à 4% des effectifs dans les entreprises, ceci devant permettre l’embauche à terme de 135 000 jeunes supplémentaires.

Un système de bonus-malus serait institué pénalisant ainsi les employeurs récalcitrants. Le rapport Attali 2010 recommande lui aussi le développement de l’apprentissage dans tous les établissements publics d’enseignement qui en ont la possibilité (Lycées et Universités). Ce qui est loin d’être gagné, les enseignants de l’Education Nationale craignent, en effet, que son essor se fasse au détriment des GRETA, des lycées professionnels et de l’alternance sous statut scolaire.

La réforme des bacs professionnels en trois ans n’a rien fait pour arranger les choses. Les BEP ont disparu et les CAP sont en perte de vitesse. Les entreprises, de leur côté, hésitent à signer des contrats de travail aussi longs, inaugurant pour l’occasion une nouvelle forme de CDD.

 D’autant que ces quinze dernières années, les relations entre l’Education Nationale et les employeurs ont plutôt privilégié les stages en entreprise, ne nécessitant pas forcément une implication forte des deux parties, au point qu’un jeune de niveau supérieur au BAC ne revient pas plus cher aujourd’hui à un employeur qu’un jeune sans diplôme.

Un rapport de Conseil Économique et Social de 2006 estimait déjà à 800 000 le nombre de jeunes stagiaires en France, presque le double de l’effectif en apprentissage. Face à ce phénomène préoccupant, une nouvelle disposition gouvernementale, de l’époque de Martin Hirsch, prévoit désormais qu’un jeune stagiaire sous statut scolaire soit indemnisé dès son troisième mois de présence dans l’entreprise, plus de 400 euros/mois, ce qui reste très « bon marché », notamment dans les filières d’excellence.

Autre contrainte : sur 2 milliards d’euros de taxe d’apprentissage, moins d’un milliard vont effectivement à l’apprentissage, c’est-à-dire aux Centres de formation d’apprentis. A en croire Henri Lachmann, ex-PDG de Schneider Electric, entreprise du CAC 40 , chargé il y a quelques années de mener une mission de développement de l’apprentissage, à la demande de Jean Louis Borloo, ancien Ministre de l’Emploi, l’opacité du système de financement est véritablement un problème de fond : il déplore le fait que la taxe ne soit pas réservée uniquement à l’apprentissage.

Par ailleurs, les Régions se disent prêtes à assumer le pilotage du service public de l’orientation, aux côtés de celui de la formation professionnelle. Elles demandent à gérer également la taxe d’apprentissage, en lieu et place des organismes collecteurs des fonds de la formation, à l’instar des compagnies consulaires et des branches professionnelles.

Il est vrai que les formations de demain ne se présenteront pas toujours dans les mêmes secteurs d’activité, c’est l’une des raisons qui incite les pouvoirs publics à vouloir mutualiser cette manne financière dans le but d’éviter qu’une multitude d’intermédiaires sans rapport avec la promotion de l’apprentissage en bénéficie.

L’économie est mouvante et rappelle, chaque jour, à ceux qui l’oublient que les schémas organisationnels d’hier, comme ceux d’aujourd’hui, qu’ils soient publics ou privés, ne sont jamais éternels. Il faudra redoubler de persuasion pour faire comprendre aux plus sceptiques que l’apprentissage est bel et bien l’une des meilleures solutions pour lutter contre le chômage des jeunes, même si le chemin pour y parvenir reste semé de chausse-trappes. « 

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Une réponse "

  1. Bonjour,
    votre article est tout à fait réaliste ! Formatrice dans l’insertion professionnelle pendant près de 4 ans et aujourd’hui chargée de mission pour un groupement d’employeurs, je peux certifier que la réalité du terrain n’est pas le monde des « Bisounours ». Il y a en effet, une grande dichotomie entre les discours et les volontés (bonnes ou pas) politiques, les moyens de mise en oeuvre, les réels besoins des entreprises, leurs visions de l’apprentissage, leur volonté à adhérer à l’alternance et leurs exigences sur les profils de poste. ET les jeunes dans tout ça me direz-vous ? Et bien, la jeunesse en mal de qualification et d’emploi n’a pas la tâche facile ! La confiance des chefs d’entreprises en l’alternance (apprentissage ou contrat pro) est en perte de vitesse, le rapport jeunes et chefs d’entreprises aussi ! Heureux celui qui a suivi une formation initiale jusqu’au bac sans trop de souci et qui désire continuer en alternance (et encore pour accéder à un BTS en alternance, suivant le secteur d’activité ce n’est pas gagné), malheureux celui qui a quitté le système scolaire trop tôt, car l’insertion et tout l’aspect social qui va de pair, sensibilise beaucoup moins les entreprises qui ont d’autres soucis aujourd’hui, comme rester concurrentielles face à un marché très très exigeant…

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