L’alternance : mettre en oeuvre la complexité

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Extraits d’une intervention de Jean-Claude Gimonet, ancien directeur du Centre national pédagogique des MFR, lors du Congrès de l’AIMFR à Iguazu (Argentine-Brésil), les 4, 5, 6 Mai 2005

Les MFR, en inventant la formation par alternance, se sont inscrites dans ce qu’on a appelé le courant de la pédagogie centrée sur la réalité. Un 3ème courant pédagogique qui englobe et dépasse les deux autres : celui centré sur le programme et l’enseignant  ou courant de la pédagogie traditionnelle et celui centré sur l’enfant ou courant de la pédagogie active. Le premier convient bien pour les 35% des élèves qui ont des capacités immédiates d’abstraction mais il laisse quantité d’enfants et d’adolescents sur le bord du chemin. Et pourtant il reste le plus répandu encore aujourd’hui sans doute parce qu’il est le plus simple à mettre en œuvre, à gérer et à contrôler. Le second renverse la perspective en plaçant l’enfant au centre du processus de formation si bien que c’est le programme et le maître qui s’adaptent à l’enfant. (On a parlé, à ce propos, de révolution copernicienne).

Le courant de la pédagogie centrée sur la réalité va plus loin que ce 2ème courant. En effet, l’école active a tendance à fabriquer du réel simplifié, adapté à l’enfant, dans les murs d’une école. La réalité est plus ample et constitue toute la complexité présente dans toute situation de formation. A savoir :

  • la personne c’est  à dire l’enfant, l’adolescent ou l’adulte se formant et s’éduquant, avec ses caractéristiques propres (physiques, intellectuelles, affectives, sociales…), ses capacités, son trajet de vie….
  • le milieu de vie scolaire : le groupe-classe, les finalités, les caractéristiques matérielles, organisationnelles, pédagogiques de l’établissement, les formes  de relations avec les enseignants…
  • le milieu de vie familial, social, professionnel, culturel, environnemental. Tout ce qui constitue l’école de la vie, l’école de la nature, l’école de la terre  et du grand air. Cette grande Ecole avec son grand Livre qui nous a formé, construit à notre insu, qui nous a permis souvent d’exprimer, de cultiver et  de révéler  nos potentialités avec d’autant plus d’efficience que tous ces éléments ont interagi, se sont confrontés, renforcés et stimulés.

La pédagogie de l’alternance a la prétention de vivre et de gérer cette complexité comme creuset éducatif, terreau de formation, sources de savoirs et  de connaissances. Il s’agit, pour la formation, l’éducation, l’orientation d’un jeune et de manière concomitante pour  le développement local, de travailler avec toutes les composantes de la vie quotidienne : l’alimentation, la santé, l’habitat, les activités productives, la démographie, l’environnement, la culture, le patrimoine, les acteurs … c’est à dire la complexité. Pour  E.MORIN, la complexité est un tissu, de constituants hétérogènes inséparablement associés (comme dans une tapisserie). Le monde est un tissu d’évènements, d’actions, d’interactions, rétroactions, déterminations, aléas,  incertitudes et contradictions…. Elle suppose d’articuler, de distinguer sans disjoindre, d’associer sans réduire. Elle pose le paradoxe de l’un et du multiple mais aussi que le tout est plus que la somme des parties. Et, encore, que se mêlent tout à la fois l’ordre, le désordre et l’organisation comme dans tout système vivant.

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  1. Pour se démocratiser encore, cette pédagogie centrée sur la réalité devra sans doute être « mise à la portée » des publics les plus fragiles moyennant des innovations décisives encore trop peu développées.

    Notamment, les jeunes sont plus motivés quand un apprentissage offre la perspective d’une application réelle imminente. Or, les modèles majoritaires sont aujourd’hui certes intégratifs (et inductifs) mais restent réactifs et ne garantissent pas suffisamment un réinvestissement « immédiat » des apprentissages. Pour contrer cette vieille tendance, il semble nécessaire d’amener le jeune à anticiper les activités imminentes de son entreprise pour le rendre porteur d’une demande de formation et pour lui garantir, après réponse à la demande, une application immédiate de la formation.

    Trop d’échecs sont encore dus au fait que les modèles de l’alternance majortaires aujourd’hui ne donnent pas aux jeunes la possibilité de décider du sujet de leur apprentissage, sans thème imposé, indépendamment de la progression pédagogique, à ne pas confondre avec la consigne d’analyser son vécu pour une activité décidée par la progression pédagogique. Que voulait dire A. Duffaure quand il affirmait la nécessité de donner la parole aux jeunes ? Qu’est-ce qui est en jeu ? Le droit pour le jeune de poser des questions sur un thème imposé ou le droit (et peut-être l’opportunité inespérée) d’aborder une activité qui l’intéresse parce qu’il aura à la réaliser « très » bientôt en entreprise ?

    • Je partage tout à fait votre point de vue. C’est ce que j’essaie de faire passer comme message dans mon ouvrage paru chez L’Harmattan : La formation en alternance – Repères sur des actions de formation alternée et clés pour l’action.
      Je présente 5 expérimentations significatives, les analyse et propose des pistes pour rendre plus efficace les apprentissages dans cette « formule », notammlent pour les publics infrabac. Un CD joint propose des démarches, guides d’animation, outils…
      Bien cordialement. Paul BOULET 06.08.60.33.91

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