L’alternance doit être conçue comme un dispositif éducatif qui génére du dynamisme économique et humain

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Le développement des formations alternées en France a demandé du temps mais le processus est assez récent tout compte fait. Trois dates-phares sont à retenir dans cette évolution :

  • 1984 et la création des contrats de qualification,
  • 1987 et la rénovation complète de l’apprentissage,
  • 1989 et la loi d’orientation sur l’éducation qui précise que toute formation professionnelle ne peut être organisée sans un séjour en entreprise.

Il a fallu quasiment un siècle, depuis Astier, pour stabiliser le système de l’apprentissage sachant que son financement fait toujours débat et n’est pas réglé définitivement – les écarts de financement sont énormes d’un Centre de formation d’apprentis à un autre -. Dans la formation scolaire classique, à part le cas tout à fait exceptionnel des Maisons familiales rurales, l’alternance reste une notion étrangère philosophiquement au système. Quant à la formation professionnelle continue, elle a fait preuve d’imagination mais les quantités de jeunes formés par alternance (contrat de pro) restent peu élevées, en gros 100 000 par an.
Ce développement ne s’est pas fait de façon uniforme, réfléchie et cohérente. Certains parlent même d’un système compliqué, sectorisé à l’extrême et cloisonné. Un véritable maquis en quelque sorte. Ont-ils tout à fait tort ?
Un rapport du Sénat constate que notre pays compte actuellement seulement 600 000 jeunes en contrats en alternance (apprentissage et professionnalisation) quand l’Allemagne, avec une population de 30 % supérieure, recense 1,6 million d’apprentis. Si ces jeunes là représentaient 5 % des effectifs de salariés (fonction publique comprise), ils seraient en France 1,1 million, soit 500 000 de plus qu’aujourd’hui. D’ailleurs, malgré des dizaines de lois et une volonté politique constante, le résultat est conséquent mais n’est pas à la hauteur des efforts fournis. La Cour des comptes, dans un rapport du 27 octobre 2009, remarque encore : « l’éclatement des responsabilités (au sujet de l’apprentissage), des financements et des dispositifs, l’excessive segmentation des publics et la faiblesse de la coordination empêchent l’affirmation d’une véritable stratégie partagée entre les différents acteurs tant au niveau national que local. »
Ces difficultés viennent en partie de la séparation historique de la formation professionnelle initiale, assurée par l’Éducation nationale, et de la formation continue, qui relève du droit du travail et des partenaires sociaux. Elles viennent aussi de l’intérêt tardif des entreprises (sauf de l’artisanat) en faveur de l’alternance et de l’importance de l’enseignement général dans l’imaginaire collectif. Elles viennent surtout de l’absence de vision politique. L’alternance a été conçue comme une réponse à des besoins spécifiques, en particulier ceux liés aux jeunes en difficulté d’insertion, pas comme un outil éducatif capable de générer du dynamisme économique et humain.
La voie professionnelle qui dispense des formations sous trois statuts : scolaire (les lycées professionnels de l’Education nationale ou du ministère de l’Agriculture), apprentissage et contrat de professionnalisation, est devenue complexe. Le budget des premiers est étudié dans le cadre de la mission « enseignement scolaire », les budgets des autres dans la loi de finance sur la formation professionnelle. Enseignement professionnel ? Formation professionnelle ? Apprentissage ? Alternance ? Plus personne ne s’y retrouve ?
Des sous-systèmes se sont progressivement élaborés. Ils servent de soupape de sécurité et permettent certaines initiatives, libérées du poids de l’enseignement classique. Chacun d’entre eux, apprentissage, enseignement scolaire, formation professionnelle, fait sa vie, conçoit son développement sans tenir compte de l’autre. Il n’y a pas eu de véritable pensée sur le développement de l’alternance en France. Par touches successives, sous la poussée des protagonistes (MFR, partenaires sociaux, intellectuels…), sous l’effet des difficultés de l’école et des problèmes économiques, ces systèmes se sont progressivement construits. Il y a là sans doute une erreur historique des gouvernements et des acteurs de l’éducation et de l’entreprise de ne pas avoir pensé à la globalité de la formation par alternance.
L’Éducation nationale a fait le choix de ne pas prendre en compte de nouveaux modes d’acquisition des savoirs et d’organisation. Les entreprises et les partenaires sociaux ont défini leur propre politique en la matière. Le patronat et les syndicats donnent aujourd’hui le « la » matière d’alternance. Les mesures qu’ils ont prises ont permis à davantage de jeunes de réussir – ce qui est déjà très important en soi – mais le concept de l’alternance n’en n’est pas sorti forcément renforcé. Il n’a pas pris de l’épaisseur ; il ne s’est pas nourri de ce développement ; il ne s’est pas imposé comme une entité éducative à part entière et véritablement reconnue. Il n’y a pas eu de réflexion globale sur l’alternance. Elle est tolérée parce qu’on ne peut pas faire autrement ; elle est admise parce qu’elle reste marginale. La France l’a adopté sous la pression économique et sociale : l’insertion des jeunes, le plus souvent sans qualification, sur le marché du travail. Elle n’a pas eu et n’a pas voulu avoir de réflexion en amont sur l’organisation de l’école. Elle a refusé de prendre en compte la saine contestation éducative que porte en elle l’alternance.
Peut-on rêver maintenant à tenter de rapprocher les systèmes, d’imaginer une certaine synergie, de simplifier les financements, d’accompagner les formateurs qui interviennent dans ce type de filière, de faire des recherches sur sa didactique, de mutualiser les pratiques, de réfléchir à sa conceptualisation… ? Il y a là des pistes intéressantes à creuser pour l’avenir de l’alternance en France… et plus globalement pour l’avenir de l’éducation, comme nous le conseille une pédagogue québécoise : « À ce jour, l’alternance n’a pas été exploitée de façon optimale au plan pédagogique et la collaboration entre les partenaires a été plutôt limitée. Mais l’alternance scolaire est très récente et c’est en tirant les leçons de l’expérience acquise que les Français seront en mesure de tirer au mieux profit des potentialités qu’elle recèle.  »

* Claudine Audet, La formation en alternance en France, Gouvernement du Québec, Conseil des collèges, décembre 1992, page 42.

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  1. Il existe tout de même une reflexion assez nouvelle et assez fournie sur la capacité de « l’alternance » à « générer du dynamisme économique et humain » comme vous dites à la Région Ile-de-France (Vice-présidence formation professionnelle, apprentissage et alternance) avec une formalisation par les services d’un « modèle d’alternance » et une stratégie de développement de ce modèle (voir site ci-joint). Nous pouvons échanger sur ce sujet si vous le souhaitez.

  2. Pingback: La pédagogie de l’alternance des Maisons familiales rurales en pratique « Alternance TICTAC : au temps des apprentis numériques…

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